Jérôme Clément

Pour un état d’urgence culturelle

Mis en ligne le 23 01 2017

Délaissée par l’Etat, gérée comme une marchandise : la culture est en danger ! C’est le cri d’alerte de Jérôme Clément, président de la Fondation Alliance française et ex-patron d’Arte. Pour lui, le combat commence : repenser la culture comme bien commun, parce qu’elle seule déjoue la violence des replis identitaires et donne un sens à notre civilisation. Il évoque également la force de la langue française et de l'importance de lui garder toute sa vigueur.

Entretien mené par Véronique Brocard

 

Verbatim ( début de l'entretien):

Véronique Brocard: Vous avez dirigé le Centre National de la Cinématographie, vous avez fondé et dirigé Arte, vous avez présidé le théâtre national du Châtelet, entre autres, et depuis juin 2014, vous êtes à la tête de la Fondation Alliance française. En fait, tout cela est tout à fait logique, puisque à votre sortie de l’ENA, vous n’avez choisi, non pas la finance, non pas la politique, mais la culture en devenant chargé de mission, c’était votre premier poste,  au ministère de la culture, au près du directeur de l’architecture. Alors, ce qui nous intéresse, c’est de comprendre qu’elle était et qu’elle est cette impérieuse nécessité qui vous guide depuis toujours, en somme quelle est cette passion pour la culture ?

Jérôme Clément: D’où vient-elle ? On ne sait jamais trop comment s’organise les choses de la vie. J’ai eu une éducation qui m’a conduit à m’intéresser aux livres, je n’avais pas la télévision chez moi, je lisais beaucoup quand j’étais enfant, j’écoutais de la musique, je jouais un petit peu de piano,  j’allais au théâtre plus rarement au cinéma, donc j’ai eu une éducation assez courante avec peut-être un peu plus une éducation artistique, musicale, littéraire que d’autres enfants. Mais pas tellement plus. Mon père était pharmacien médecin, ma mère était pharmacien, mes grands-parents paternels étaient industriels chimistes, je n’étais pas destiné particulièrement à m’intéresser à la culture. Après dans mes études, quand j’ai fait ma scolarité, on classait à ce moment là les élèves en deux catégories. J’étais plutôt du côté des littéraires. C’est vrai que je me suis toujours intéressé à l’histoire, à la philosophie, plus qu’aux mathématiques ou la physique ou à la chimie. ai donc fait le cursus assez classique pour préparer l’Ecole Normale Supérieure, après j’ai bifurqué vers sciences-po, les études de droit, l’ENA et j’ai été pris dans cette formation supérieure qui en  France passe par les grandes écoles, je me suis retrouvé ensuite dans un milieu quand j’étais en stage à la préfecture de Montauban, bon les questions du maintien de l’ordre, les questions qu’on traite à la préfecture m’intéressaient moins que la vie cultuelle sur place. Je pense que cela a été assez déterminant. Sur le terrain avec une éducation avec ce que je viens de vous raconter, je m’intéressais plus aux évènements culturels, il y avait un festival à Montauban dans le Tarn et Garonne qui était dirigé par un homme qui s’appelait Felix Castan,  c’était  un festival occitan et cela m’intéressait beaucoup. Je me suis rendu compte que je m’intéressais plus à l’Occitanie et aux évènements culturels que les opérations de préfecture assez classiques qui m’ennuyaient et à l’ENA, j’ai poursuivi dans cette direction.

V.B.: C’est vrai que souvent les énarques ne choisissent pas de façon volontaire la culture. Ce n’est pas forcément, en tous cas aujourd’hui, ce qu’on va essayer de travailler le plus.

J.C.: Cela m’était complètement égal. On était dans la période après 68, période dans laquelle il y avait une grande effervescence culturelle et politique, et moi j’étais plutôt en révolte contre le système. Ce que pensaient les autres ne m‘intéressaient pas. Ce que je voyais c’est là où j’aurai du plaisir. Ce qui a été déterminant aussi c’est,  vous avez parlé du ministère de la culture où j’ai commencé ma vie professionnelle,  mais l’architecture du Palais Royal a été très importante dans mes choix. Travailler là, c’était travailler dans un cadre de qualité, je n’étais pas du tout indifférent à la qualité de l’architecture, à la beauté des lieux, au jardin magnifique. Le Palais  Royal est un des plus beaux endroits de Paris, cette architecture très régulière, des jardins magnifiques  au centre. Je me suis dit je serai heureux là. Cela m’intéressait plus que d’être au ministère des finances où j’aurai été dans des bureaux qui ne m’intéressaient pas beaucoup. J’aime la liberté, j’ai toujours aimé la liberté et la culture me donnait un  espace de liberté, pas un espace de contraintes. L’Etat, je trouvais ça bien  mais à conditions d’y être libre.

V.B.: Cela ne vous a jamais quitté

J.C.: Pas du tout. Au contraire, cela m’a toujours habité. J’ai toujours été un homme libre, libre de mes choix. Alors il faut vivre avec des contraintes qui sont celles de la société quand on a une responsabilité politique, administrative comme celle que j’ai eues, il y a des contraintes. Cela ne vous empêche pas de garder sa liberté, ses espaces de créativité, ses jardins secrets. Pour moi c’est très important. C’est plus important que l’argent, plus important que le pouvoir. C’est l’essentiel dans la vie.

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Biographie de Jérôme Clément

Après des études en Droit et en Lettres et un cursus à l'Institut d'études politiques de Paris, Jérôme Clément est reçu à l’Ecole nationale d’administration (ENA) en 1970, Promotion Charles de Gaulle.

En 1974, il débute sa carrière au ministère de la Culture à la direction de l’Architecture, puis à la Direction du Patrimoine.

Il part ensuite pour l’Egypte comme conseiller culturel et scientifique à l’ambassade de France au Caire (1980-81).

En 1981, il devient conseiller chargé de la culture, des relations culturelles internationales et de la communication auprès du Premier ministre, Pierre Mauroy.

En 1984, il est nommé nommé Directeur général du Centre National de la Cinématographie (CNC).

En mars 1989 il intègre la Sept comme Président du Directoire. Il participe en avril 1991aux négociations avec les Allemands qui aboutissent à la création de la chaîne franco-allemande ARTE, dont il devient le Président, avec pour mission sa mise à l’antenne sur le réseau hertzien, en septembre 1992.

Il est président du Directoire d’Arte France jusqu’en 2011 et Président ou Vice-Président du Comité de Gérance d’Arte de 1992 à 2010. Il fut parallèlement Président Directeur général de la Cinquième d’avril 1997 à août 2000, avant que cette dernière ne devienne France 5. Il a été Conseiller municipal de Clamart de 2001 à 2010. Il est élu Conseiller municipal du Thoureil (49350), en avril 2014.

Jérôme Clément est administrateur du Musée d’Orsay et Président du Festival de Cinéma Premiers Plans, à Angers et commissaire général du Festival Normandie Impressionniste.

Il a présidé le Conseil d’administration du Théâtre du Châtelet de 2010 à février 2015.

Il a été élu le 26 juin 2014 président de la Fondation Alliance française.

Par ailleurs, Jérôme Clément a participé à plusieurs activités d'enseignement comme maître de conférences (Paris I, ENA, Sciences Po), ainsi qu'à la rédaction de revues et d'ouvrages à caractère économique et culturel.

Il a été plusieurs fois décoré par l’État Français (Commandeur de l'ordre de la Légion d'honneur, Chevalier de l'ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres). Il est également Commandeur du Mérite de la République fédérale d’Allemagne et aussi du Bade-Wurtemberg.

 

 

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