Mort de Tzvetan Todorov, notre ami et passeur

Billet mis en ligne le 08.02 2017
L’historien des idées Tzvetan Todorov est mort le 7 février 2017. L’un des premiers, il avait soutenu Les Archives du Présent, par amitié, mais aussi parce qu’il croyait comme nous à la nécessité des passeurs d’expérience et de savoir. Passeur, c’est ainsi que cet immense savant se définissait souvent lui-même, qui naviguait entre les langues avec en tête la littérature mondiale tout en prenant soin de penser clair et de parler à tous.

Croiser son chemin, comme ce fut mon cas à partir de 2000, est le genre d’expérience qui change la vie sans qu’on s’en aperçoive. Car ce n’était pas de la connaissance pure, des idées abstraites, des prises de parti tranchées, encore moins des leçons de morale que l’on apprenait de lui, mais plutôt, une manière d’attention à la vie et au monde, une confiance dans les individus sans illusion sur la bonté de la nature humaine.

Revoir l’entretien qu’il nous avait donné en juin 2015, c’est d’abord entendre cette voix singulière. Elle nous parle de la morale et de la politique, de résistance et d’admiration. Son dernier livre, achevé quelques mois avant sa mort et qui paraîtra le 1er mars chez Flammarion s’intitule : "Le Triomphe de l’artiste", triomphe qui n’est, quoi qu’il en soit, « jamais de ce monde ». En exergue Tzvetan Todorov a placé cette phrase de Pascal : « La grandeur des gens d’esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines. »

Catherine Portevin

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